Ecarté du poste de premier Vice-président l’Assemblée nationale: Cissé Lô touche le fond de l’abîme

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La descente aux enfers se poursuit pour le député Moustapha Cissé Lo. Exclu de son parti, l’Alliance pour la République (APR), lâché par l’Assemblée nationale, renvoyé de son groupe parlementaire, El Pistoléro a subi mercredi l’estocade, en étant éjecté de son poste de 1er Vice-président de l’Assemblée nationale au profit de Abdou Mbow…

La roue tourne pour Cissé Lô, mais dans un engrenage de difficultés d’ordre politiques. La descente aux enfers se poursuit ainsi pour Moustapha Cissé Lô qui n’est plus, depuis hier, premier vice-président de l’Assemblée nationale. Il a été remplacé par son collègue Abdou Mbow lors du renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale. Une sanction qui intervient 3 mois après son exclusion du parti présendentiel et du groupe parlementaire Benno Bokk Yaakar. Mais tout ceci fait suite à la diffusion, en début juillet, des conversations audio dans lesquelles il accusait l’entourage du chef de l’État de détournements de deniers publics.

Dans cette audio, qui a fait le tour du web, Cissé Lô pointe du doigt des proches du pouvoir qui profiteraient de manière abusive de la distribution de semences. Il dénonce également l’attribution de certains contrats publics en évoquant même la question du narcotrafic et insinue une « Guinée-Bissau drogue Connexion ». Dans son viseur, le directeur général du quotidien national « Le Soleil », Yakham Mbaye, le député Farba Ngom ou encore l’entourage du parlementaire Aymérou Gningue. Ces accusations lui coûteront une plainte et une convocation par les enquêteurs de la Brigade de recherches. Sur le plan politique, il est exclu de l’Alliance pour la République et du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar (BBY).
Le 6 juillet 2020, la commission de discipline de l’APR avait prononcé son exclusion de manière unanime lors d’une réunion convoquée en extrême urgence par Macky Sall en tant que président de la formation politique.

« Roi » des insanités et injures
En cause, ce « salmigondis d’insanités, d’injures publiques, de fausses nouvelles et de diffamations » proférées par le député qui, estime l’APR, « entache gravement l’image du parti ». Fustigeant des propos « empreints d’une indécence que récusent la morale et la bienséance sociale », la commission avait conclu sa décision par une menace envers tout camarade » qui s’aviserait d’adopter un comportement similaire.

Le bureau de l’Assemblée nationale, dominée par la coalition présidentielle, s’est empressé, à son tour, de condamner le comportement et les propos du premier vice-président de l’Institution. Un poste dont Moustapha Cissé Lô a, depuis, démissionné. « Les horizons de l’indécence et de l’innommable ont été bousculés », avaient dénoncé les députés qui évoquaient des « dérives indignes d’un représentant du peuple ». « La crudité et la cruauté du discours ont franchi les remparts qui protègent nos valeurs et les règles élémentaires qui fondent la raison d’être des sociétés humaines et des nations », ajoutaient-ils.

A l’instar des parlementaires, ils sont nombreux, les Sénégalais, à avoir réclamé la tête de l’ancien président du parlement de la Cedeao du fait de ses propos indignes et déshonorants pour un responsable de son rang. Mais il ne faudrait pas non plus oublier que le député n’a pas fait qu’insulter copieusement ses anciens camarades de parti. Il a également proféré des accusations tout aussi graves contre de hauts dignitaires de la République. Lesquelles accusations méritent également l’ouverture d’une enquête judiciaire. L’homme a l’habitude de clamer haut et fort : « Lima xam buma ko wakhé aduna touki. Vous allez prendre des bâtons pour aller bastonner vos ministres. »

Cissé Lô n’épargnait personne dans ses injures. Ses bisbilles avec le porte-parole de la famille de Serigne Fallou, Serigne Abdou Fatah Mbacké en 2014 sont encore fraiches dans les mémoires. Moustapha Cissé Lô avait été déclaré « persona non grata » à la cérémonie du Magal de Kazou Rajab édition 2014 suite à une audio dans laquelle il traitait le porte-parole de tous les noms. Malgré la mise en garde de Serigne Abdou Fatah Mbacké qui avait demandé aux autorités étatiques que Cissé Lô ne fasse pas partie de la délégation officielle, ce dernier a quand même défié le marabout en se pointant à la cérémonie.

Furax, le marabout demande l’excommunication de Cissé Lô et invite les disciples à estimer les biens du député à Touba afin de les racheter. El Pistoléro paiera cash son attitude de défiance envers la famille maraboutique. En effet, son domicile et ses voitures furent incendiés le 20 juin 2014 par des disciples mourides en furie. 19 personnes furent arrêtées dont Serigne Assane Mbacké qui avait publiquement revendiqué l’acte. Il a d’ailleurs fallu l’intervention du Président Macky Sall pour éteindre le feu en réconciliant les deux protagonistes lors de la cérémonie du Magal de Touba en novembre 2016.

Les relations de Cissé Lô avec la presse sont aussi heurtées. Bon client pour les journalistes friands de déclarations fracassantes, il n’hésite pas à insulter toute une corporation. Mécontent de la manière dont un incident a été traité et durant lequel il a été dit qu’il a tiré une balle en l’air, Cissé Lô dément et se défausse sur les journalistes. « Ce sont des menteurs qui me poursuivent pour dire du mal de moi et de ma famille. Je fais l’objet de médisance et de calomnie de la part de journalistes qui sont payés par des adversaires politiques ». Il s’adressait ainsi aux correspondants des médias à Touba qu’il avait fait venir chez lui en présence de ses gardes du corps. Même les magistrats en ont pris pour leur grade. « Il n’y a pas de justice au Sénégal. Les magistrats ne jugent pas équitablement et dans leur intime conviction. Ils font n’importe quoi », fulminait-il.

Un point de non-retour…
De fait, les sorties au vitriol étaient devenues une véritable signature politique pour Moustapha Cissé Lô. Et ce, depuis longtemps. Mais si ses saillies ont pu provoquer des frictions avec l’exécutif et au sein du parti présidentiel, jamais elles n’avaient entraîné une scission si franche. Au contraire. Avant d’en être exclu, Cissé Lô était l’un des principaux responsables de l’APR. Comme le chef de l’État, c’est un transfuge du PDS. En 2009, il fut l’un des premiers à rejoindre la nouvelle formation de Macky Sall lorsque celui-ci a été destitué de son poste de président de l’Assemblée nationale. Avec sa défénestration du poste de 1er vice-président, il semble que la relation tumultueuse entre Moustapha Cissé Lô et Macky Sall trouve son point de non-retour. Reste à savoir si El Pistoléro se laissera politiquement sacrifié…

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